TA – 109 – Premiers poussins

05/07/17

Un creux au milieu des tempêtes, un anticyclone dans les dépressions, une minute dans les heures sombres. Sombre de nuits noires mais lumineuses des aurores éphémères, qui viennent planer silencieusement lors des nuits claires. Elles s’invitent discrètement, nous surprennent lors du passage d’un bâtiment à l’autre, lorsque fatigué de l’hiver, emmitouflé dans nos VTN, nous osons lever les yeux vers l’obscurité du ciel. Elles dansent lentement, comme des voiles flous, comme mirage inventé de nos propres yeux, comme indécises de leur présence même. Puis soudainement elles explosent, les couleurs s’intensifient, le ciel s’embrase, fait battre nos cœur, nous arrache un instant au froid piquant de l’air ambiant. Hésitant, nous pensons aller prévenir les autres mais il est déjà trop tard, la lumière n’est plus que lueur. Et seul le souvenir imprécis de cet instant magique subsiste.

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Un creux aux milieux des blizzards, des nuits noires vaincues seulement quelques heures au milieu de la journée, peut-on seulement les appeler des journées ? Une accalmie dans ce vent presque oppressant dont je ne me lasse pourtant jamais. Et je suis partie avant le lever du soleil. Retrouver les manchots. La colonie était moins compacte ce jour-là. L’activité semblait plus importante. Je me suis assise, patiemment, je savais exactement ce que j’attendais. Les yeux rivés sur les renflements au pied des manchots, là où se trouve l’œuf. L’œuf ? Les yeux rivés mais sans réellement y croire, par contre au aguets, l’oreille tendue, je me concentrais sur tous les sons qui me parvenaient. Nous étions le 2 juillet, c’était possible, même très probable, la première éclosion devait avoir eu lieu. Immobile, à l’écoute, le vent très faible ne parvenait pas à me refroidir pour une fois, j’ai finis par fermer les yeux. Un chant de mâle, un éternuement, un cri au loin de manchot qui s’éloigne et enfin, presque inaudible, un petit cri aiguë. J’ai ouvert les yeux, fixé la tortue d’où il m’avait semblé entendre le son. Avais-je rêvé ? Étais-ce comme l’autre jour simplement le son de ma propre respiration dans ma veste ou l’éternuement plus aigüe d’un mâle ? Piaillement. Un sourire illumina soudainement mon visage. Cette fois-ci j’étais suis sure. Pas de doute à avoir. Le cri me re-projeta pourtant plusieurs mois en arrière, flash de la campagne d’été et des transpondage poussins. J’ai secoué la tête, suis revenue à la réalité. Un léger malaise mais vite dissipé, je me suis alors relevée pour essayer de voir le poussin, mais ça ne fut pas pour ce jour. J’entendrais plus tard d’autres cris et Élodie aura la chance de voir une éclosion plus tard dans l’après-midi.

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2 juillet. Le premier poussin est arrivé, le retour des femelles est proche.

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3 juillet. Le vent a repris, la chasse neige l’accompagnant, au 5 juillet je n’ai toujours pas vu de poussin mais ils sont bien là. La neige tombait sans vent aujourd’hui, l’atmosphère magique d’une journée d’hiver au son étouffé des couches blanches épaisse recouvrant le sol et faisant la prouesse de sembler à la fois légères et lourdes. Patience, ils seront la bien assez tôt. Et je lève les yeux pour scruter le ciel parfois. Très bientôt des Pétrels Géants fendront le ciel de leur lourde silhouette fuselée. Comme les messagers précoces du retour de l’été, encore dans l’hiver mais après le passage des jours les plus courts.

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Une réflexion sur “TA – 109 – Premiers poussins

  1. Superbes photos, chapeau pour la patience dont vous faites preuves pour observer vos premières éclosions, espérant qu’elles seront nombreuses.

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