TA – 109 – La vie ici =)

10/07/2017

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En route pour la manchotière. (photo : François)

Et voilà, de retour de la manchotière, il fait vraiment froid aujourd’hui, -23, ressenti -30. Ça gèle le moindre truc qui peut être gelé, le tissu étanche de nos manteau est durcit, les quelques cheveux qui dépassent de mon bonnet sont des fils d’argents, et même en faisant un effort je n’enlève pas la cagoule qui me recouvre la bouche et le nez, mon souffle est instantanément gelé dessus.
Aujourd’hui j’ai enfin pu prendre le temps de rester à la colonie et de voir des poussins. Petites boules de duvet, petits mais pas inaudible, loin de là, ça piaille régulièrement par ici et par là. Un soleil inlassablement couchant du matin à 11h jusqu’au soir à 14h30 comme arrière-plan. Un disque de lave rouge sur la glace bleue ce matin, pur sur pur. Des femelles reviennent, ça y est. Et c’est la cohue dans la colonie, les chants se mêlent, s’entrecroisent, chaque couple se cherche, se forme, passation et départ du mâle, bien maigre après 2 mois de jeune. Moi je ramasse quelques œufs abandonnés, et je vais me perdre quelques minutes dans le chaos pour les jeter dans des crevasses. Je suis frappée comme à chaque fois par la beauté du lieu, de la glace fracturée, comme secouée de tremblement de terre lent, immuable, comme une force invisible mais puissante. Le glacier juste en face s’élève en un mur tortueux, percé de cavernes bleues foncées, recouvert en partie de neige fraiche et blanche.

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Elodie, moi et Yohann (photo : François)
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Un curieux venu voir Kevin et François. Qui observe qui?

Sentiments mêlés. Joies entrecoupée de lassitude, quelques peurs, un sourire réconfortant, mon humeur accrochée à un fil, le fil de mes appréhensions passagères du retour. Des projets que l’on se résigne à abandonner, ou qui avancent mais sans grande conviction. La lenteur de l’hiver, la peur du temps qui passe mais l’ennuie qui me prend parfois. Comme si je freinais tout en cherchant à courir jusqu’à l’étape suivante. Paradoxe?

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Pourtant, je vais bien, je crois qu’être ici c’est aussi apprendre à accepter. Enfin pour moi en tout cas, je le ressens comme ça. Accepter d’être coincé, accepter le travail, accepter qu’il y aura un retour, accepter que je ne ferais pas tout ce que je voulais, accepter que je ne maitrise pas comment évolueront les liens avec les gens d’ici, que j’aurais voulu être parfois plus proche ou au contraire moins. Partager plus. Mais au final, chaque jour ici est magique et c’est ce qui me rend bien, même quand j’ai moins le moral, c’est les couleurs du soleil, la glace qui m’hypnotise, Les manchots curieux qui viennent parfois nous observer à moins d’un mètre d’un air décidé, Tinou qui me dit toujours bonjour, le sourire aux lèvres et avec enthousiasme le matin, les météos qui rigolent du petit dej jusqu’au soir, Panpan qui grogne « ouai c’est pas trop tôt »comme une maman-poule à la radio quand je rentre un peu tard le soir, les trajets entre le séjour et Biomar avec Elodie lorsque l’on se met à courir en criant juste pour le plaisir, les techniques qui se moquent inlassablement de nous mais viennent nous aider au moindre besoin. Leur yeux à tous finalement, le bien être lorsque je me pose au séjour pour lire sans même échanger avec eux, mais que je les sens heureux, à crier au baby, s’entrainer au billard, jouer à des jeux interminables sur une musique de film de conquête ou encore oser un frisbee ou un rugby au milieu du salon et entre les verres qui ne demandent qu’à se casser. C’est tout cela et rien à la fois, c’est si peu mais tellement. C’est une grande colocation au milieu de l’océan gelé.

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Il n’a pas l’air commode celui la…
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Mais.. mais… serais-ce.. un poussin??
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