TA – 109 – Antarctica is amazing

25/07/17

L’océan de glace. Le froid. Le blizzard. Et pourtant. Le feu. Ne l’ai-je pas déjà souligné plus d’une fois ? Peu importe. Cette fois-ci je ne le dis pas seulement en passant. Rendre à cet endroit par écrit la magie qu’il s’en dégage est bien difficile. Comme toute expérience ne se mesure qu’en la vivant. Au milieu des éléments déchainés, couverts de la tête aux pieds nous progressons, sereins. Ces éléments s’apprivoisent ici, sous le regard protecteur de la base, la haut, sur l’ile des Pétrels. Ici nous avons la chance de pouvoir apprendre à jouer avec le feu. L’important est de ne pas perdre conscience du danger. De garder en vue que le blizzard est le plus fort. Mais une fois assuré, nous pouvons lâcher prise et sortir. Sortir et s’immerger dans le paradoxe de la banquise à cette période. Le soleil un peu plus haut mais néanmoins encore rasant, aux couleurs chaudes. La lave et la glace. Le torrent de neige qui roule sous mes pieds, le ciel bleu et clair, juste au-dessus après les quelques 10 mètres de catabatique. Je transpire de lutter contre le vent alors que la moindre parcelle de peau de mon visage qui dépasse gèle. Ou plutôt brûle. Morsure du froid.

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Aujourd’hui, -25°C, ressenti -35°C. 60 nœuds de moyenne, des rafales à quelques 95 nœuds. La passerelle disparait dans le flou. Dans le blanc, parfois orangé. Le vent me jette d’un côté puis de l’autre, m’écrase tantôt sur les barrières, me pousse violemment dans le dos puis m’oppresse d’au-dessus. Je peine à respirer sous ma cagoule et ma VTN. La progression se fait lente, parfois nous sommes contraints de nous arrêter, le souffle court. Je pourrais rester ici. M’agripper à la passerelle et attendre. Mais la raison me reprend et me pousse à repartir, un pas après l’autre et Biomar réapparait. Juste en dessous, Antavia, la d’où nous venons, le vent est accéléré par le petit col. C’est la que les rafales sont les plus violentes.

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Et lorsque la tempête se calme, que le vent continue de balayer le sol avec une régularité désarmante, la piste du Lion réapparait. Seulement une silhouette. Comme un fantôme dans l’éther, comme un navire dans la brume. Nous redescendons voir l’état des antennes. Je me plonge avec ferveur dans les serpentins de neige. Le froid engourdit mes doigts mais je me force à prendre quelques clichés. La beauté du paysage me coupe le souffle. Après le Lion se sont les icebergs, plus loin, qui réapparaissent. Le souffle de l’air projette des trainées de neige soufflée dans le vide de leurs parois abruptes et le soleil les transperce de rayons éblouissants. Derrière mon masque je me sens protégée, comme hors du temps. Dans la tempête mais dans ma bulle. Comme dans un rêve ou dans un film. Comme si seuls mes yeux pouvaient voir mais que mon corps n’y était pas.

Mes antennes sont sous la neige. Jeux des congères, des creux et des formations de neige. Hier, le vent dégageait la neige au même endroit, laissant la glace vive. Aujourd’hui c’est 1m50 de neige soufflée qui recouvre le système de détection des manchots, à présent inutile.

Je rajoute un piquet sur le premier qui disparait afin de savoir ou creuser demain. Puis je me détourne de la banquise et remonte vers la base.

« La radio de Coline, je suis rentrée. »

Les photos parlerons peut être mieux que mes mots…. =)

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La passerelle entre Biomar et l’abri côtier que je prend tous les jours pour rejoindre mes antennes que l’on aperçoit sur la banquise.

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François comme suspendu sur un torrent de neige. Piste du Lion.

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Les femelles reviennent inlassablement pour relever les mâles qui jeûnent depuis presque 2 mois avec l’œuf.

 

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