TA – 109 – Avril, commence à te couvrir de 15000 fils

05/04

Avril déjà. 1 mois d’hivernage.

Je ne trouve pas le temps d’écrire, pas le temps de me poser, de m’organiser. Et pourquoi ? J’en ai pourtant plus du temps. Ne pas avoir d’horaire a aussi le désavantage de faire perdre le rythme, ou plutôt de savoir quel temps nous appartient. Je voudrais m’installer dans l’hiver, m’installer ici mais j’ai l’impression que je n’y arriverais pas. Toujours plus tard. Les choses sont repoussées au lendemain parce qu’aujourd’hui est déjà passé. Et de nouvelles choses se rajoutent, effacent déjà celles d’hier. Pourtant j’avance, petit à petit. Est-ce le fait de vivre en communauté qui me donne le sentiment de ne pas avoir un instant à moi ? Je culpabilise de ne pas veiller tous les soirs mais je n’ai pourtant jamais été aussi sociable ! Et je voudrais parfois que le soleil cesse un peu, rien qu’une semaine. Ne pas culpabiliser de m’enfermer, de ne pas sortir, de ne pas courir. Un peu de temps dans le blizzard pour laver ma tête, on esprit de tout. Hier une courte tempête et le sentiment de joie et de respect envers ce climat rude m’a assaillie. Pourtant l’horloge biologique des Empereurs ne faiblit pas elle. Ils arrivent en masse. Jour et nuit, en longue colonnes plus ou moins étirées sur le fil de l’horizon blanc. Du nord, nord ouest ou est, ils rejoignent tous ou presque le passage entre le lion et Bernard, ils passent sur les antennes d’Élodie qui peine à les marquer lorsqu’un transpondé est détecté.

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En attendant le soleil nous offre aussi des couleurs d’or en ces soirées de plus en plus avancée, vers 17h30 à présent. Allongée sur la banquise, après une séance photo, il n’y a plus rien à faire que de profiter, regarder en silence les manchots passer à quelques mètres de nous, faisant crisser la glace sous leur pattes écaillées et griffues. Ils sont comme envoutés. Ils ne s’arrêteront pas pour nous voir, ils ne sont pas curieux à cette période, une mission les attend ; la reproduction. Le soleil à finit par disparaitre et un coup de radio nous rappel de remonter avant la nuit. Nous quittons le sol de la mer glacée, ce petit bout silencieux de paradis, ou plutôt cette immense étendue paisible ; pour remonter sur la base suspendue sur l’ile entre glace et ciel. Les aurores restent encore timides ce soir mais cela finira par venir.

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Une fois arrivés, les manchots chantent pour se trouver un partenaire avec qui se reproduire
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Le service base c’est 3 à 4 fois par mois, par deux corvée de service, vaisselle et ménage, et quand la motivation nous prend déguisement et animation en prime. Ici Erwan en pingouin et Louis en Canari se font une pause sur la terrasse de Biomar
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Un beau jour, j’ai du aller baguer 12 poussins de Pétrel Géant Antarctique : de bon gros dindons qui ont tout de même bien la classe. Heureusement Élodie, Kevin et Louis (photo) sont venu m’aider =)
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Et je clôture cet article bordel par ceci : les Skua s’en sont allé, pour leur migration jusqu’au Japon ou ils passeront l’hiver. Ils vont me manquer ceux la!
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